N°2 - juillet 2005

Dans la vie il y a deux catégories d'individus: ceux qui regardent le monde tel qu'il est et se demandent pourquoi, et ceux qui imaginent le monde tel qu'il devrait être et se disent: pourquoi pas?
(George-Bernard Shaw)


Le pont que vous empruntez, l'hôpital où vous serez soigné, la bibliotèque publique où vous vous cultivez, si l'État doit emprunter à 3% pour pouvoir vous les fabriquer, c'est plus de 4 fois leur valeur que vous devrez rembourser, à 5% c'est presque 12 fois, et si c'est à 10%, c'est 117 fois dans 50 ans alors que leur valeur propre se sera amoindrie du fait de la vétusté.

C'est ça la dette quand un État a abandonné son droit de création monétaire!

 

"Qui sommes nous ?"

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Sociétalement

A-J Holbecq et le Mouvement Sociétal


Comment en est-on arrivé là ?
Jacques Hallard - 26 juin 2005

Voilà : tout est dit là et répété une fois de plus par quelques-uns de nos correspondants.

Entendez-vous les appels de tous les bords politiques (y compris ceux du PS qui n'ont vraiment rien compris !) pour "relancer la machine économique", "faire plus de croissance", et ça vient de sortir chez "ceux d'en face" : "travaillez plus, pour amasser plus, pour consommer davantage", en un mot finalement : pour gaspiller davantage et polluer encore plus ? Il y a bien encore quelques "attardés" pour se rappeler de René Dumont et consorts (Rapport du "Club de Rome") dans les années soixante, déjà si loin, et de leurs formules : "L'Afrique noire est mal partie", "L'Afrique étranglée" (1980), "Un monde intolérable – Le libéralisme en question" (1988) et puis encore ce slogan pour la campagne des élections présidentielles au milieu des années soixante-dix : "Pour un monde écologique, tiers-mondiste et pacifique". "Quel pessimiste et quel utopiste !", criait-on déjà, à propos de René Dumont, chez les bien-pensants et autres bien-lotis de cette époque ! "Trente ans de perdus" faisait remarquer l'un d'entre-nous récemment avec amertume !

Trois crises pétrolières majeures, la catastrophe de Tchernobyl, et les pollutions sans cesse croissantes des nos rivières, de nos nappes souterraines, de notre atmosphère, de nos sols cultivés ... n'ont pas fait beaucoup avancer les choses entre temps. Une question que je me pose souvent : pourquoi tous ces politicards (excusez ce raccourci, chers politiciens, mais je l'entends souvent ainsi) de tous horizons, vraiment de tous horizons, depuis des décennies, ne veulent-ils pas regarder le monde réel, tel qu'il est et qui s'offre à eux ? Ravagé par le fric facile, les affaires douteuses, les mafias florissantes et la corruption trop flagrante qui est placée au rang de l'habilité suprême chez tous ces malfrats ... chez certains élus de la République et dont certains se font réélire, quelquefois avec entrain et enthousiame par leurs électeurs sourds et aveugles. Constatons simplement que tous ces personnages de la "classe politique" , ("une classe d'éléments en difficulté", comme dit une enseignante du voisinnage) d'une manière générale, ne sont plus du tout crédibles auprès d'une trop grande majorité de nos contemporains. Alors qu'il doit bien en exister quelques uns et quelques unes qui sont sincères, compétents(s) et courageux(ses).

Des sociologues ou autres philosophes nous expliqueront peut-être un jour, comment des populations entières, par de très puissants et sots médias interposés, continuent d'être programmées, anésthésiées, formatées, trompées, manipulées et que des forces vives contestataires, des opposants ou des dissidents convaincus ont tant de mal à se faire entendre et à se faire comprendre. Pourtant, à l'occasion d'exposés devant quelques dizaines d'auditeurs, souvent déjà convertis à ces constats et et aux mesures envisageables et indispensables, il faut en convenir, des propos écologiques passent très bien, mais ils restent trop souvent sans lendemain, et surtout avec trop peu d'engagement de la part des auditeurs à l'issue. Une prise de conscience s'est faite là, certaines fois, mais l'action de suit pas.

Et si c'était tout simplement parce qu'il y manque une vision du monde, globale, claire, simplement explicitée et exprimée par des êtres sincères et convaincants, parce que convaincus, pour proposer un monde et des rapports interpersonnels tels qu'ils pourraient être construits et vécus, pas à pas, parfois dans l'effort besogneux à déployer pour comprendre et avec le courage et l'audace de s'associer pour imaginer des alternatives et pour entreprendre ensemble, dans un cadre solidaire, en vue d'un partage plus juste, non seulement des biens matériels indispensables, mais vraiment indispensables, mais aussi des services de toute nature dans le sens du bien commun, et non pas captés et détournés par un trop petit nombre de nantis, et également des valeurs culturelles et sprirituelles qui fondent une société et donnent sens à notre humanitude. "Encore un doux rêveur" ! "Encore un utopiste" ! Combien de fois ai-je entendu ces jugements. Je me console en constatant que je ne suis plus si isolé que ça ! [...] Pour terminer deux propos d'actualité :

- Transport et pollution atmosphérique. Avez-vous entendu cette alarme en plusieurs régions en raison de pics de pollutions insoutenables : "Oui, c'est la canicule. Alors roulez moins vite et ne sortez pas de chez vous en milieu de journée !!!". Alors, stoppez tout, pauvres humains, et terrez-vous entre vos murs en attendant le rafraîchissement automnal ! Quelle perspective ! Sans oublier que d'autres pollutions gigantesques de l'air affectent gravement la santé des populations dans certaines villes industrielles de la grande Chine , dans des villes de plusieurs millions d'habitants, déclarées populairement "les cités des cancers".

- Qualité de l'eau : "L'eau devient rare, l'été n'est pas fini, ménagez-la; ne lavez plus vos bagnoles et n'arrosez plus votre gazon", martèle-t-on dans certains départements. Pendant ce temps on s'active autour de "grands prix automobiles" autour de pistes conçues pour cela et les "greens" de nos splendides terrains de golf continuent de recevoir leurs aspersions programmées pour tenir dompte de l'évapotranspiration de nos chaudes journées ... et nuits d'un été un peu précoce. Sans oublier que 1,1 milliard de Terriens, dont 400 millions d'enfants, sont privés de cette eau d'une qualité si vitale.
Et puis encore : "L'eau de votre réseau est devenue imprope à la consommation pour les bébés, les femmes enceintes, les vieillards, les malades (j'ai envie d'ajouter "Et ceux qui vont le devenir"). Voilà déjà trois décennies que l'on entend ces discours officiels dans notre bel hexagone.

- .L'eau et l'air, même constat : composants essentiels de notre biosphère, notre monde qui est en péril.

Comment en est-on arrivé là ? Malgré toutes les mises en garde antérieures, les enquêtes officielles, rapports parlementaires, autres états des lieux et travaux des agences spécialisées, tous très objectifs et tout à fait alarmants, et tous ces projets de lois, longuement discutés et jamais mis en place, ni appliqués ? Quelle lâcheté chez tous ces politicards (pardon, politiciens) en quête de leur élection ou de leur réélection ! Electeurs, électrices, consommateurs, consommatrices, citoyens, citoyennes, ayons-les à l'oeil ! Engageons-nous quelque part et pour quelque chose qui va dans le sens "du bien commun" : il y a urgence à le faire et n'attendons rien "du ciel", pas de "Inch Allah !" en la matière. L'avenir sera ce que nos comtemporains auront décidé d'en faire. Pester contre les gouvernants du moment soulage un bon coup, le "bouc émissaire" a toujours sont côté salutaire. Mais il n'esxiste de solutions que globales, honnêtement expliquées et solidairement partagées. Mais il nous faudra pour cela, probablement aussi "changer de paradigme". Ceci est une autre histoire. "Vaste programme" ; raison de plus pour s'y engager avec raison et détermination.

Bonne journée quand même, et bel été à suivre.... Les abricots du jardin sont un délice et les brugnons vont suivre très vite à cause de la canicule. Les premières pommes "De juillet" font d'excellentes compotes. Les figues précoces passent en confiture ; et puis haricots et courgettes sont à ramasser ... à la brouette, pratiquement chaque matin
Je pars surveiller mon goutte-à-goutte !

Jacques Hallard - 26 juin 2005

Voir particulièrement : " Vous ne pourrez pas dire ..." , " Changer de paradigme " , " Trente ans de perdus " (650 ko)


Nous vous avions présenté deux apologues dans le bulletin N°1
Pour vous aider à y voir plus clair, à remettre en cause certains paradigmes, en voici deux nouveaux ,

 

Vaut-il mieux produire des kikassvits ou des kikasspas ? (de Michel Tavernier, membre + de l'A.I.S.E.)

Le sublime sultan IFO se souvint un jour que dans les années 46, les "bas nylon" duraient trois mois et plus. IFO s'en étonna auprès de son Grand Vizir en rapprochant ce souvenir de leur actuelle fragilité de quelques jours. Le Grand Vizir répondit qu'il s'était laissé dire qu'on ajoutait à la composition un produit rendant les fils de nylon plus cassants. Et, il ajouta avec un sourire entendu" qu'il fallait bien faire tourner la machine économique".

Le sublime IFO ne fut pas satisfait de cette remarque qui aurait valu, dutemps de son père, 50 coups de bâton au Grand Vizir. Si les "KIKASSVITS" font place aux "KIKASSPAS" se dit-il"ceux-ci dureront, mettons deux fois plus, pour un prix de revient d'à peine 30% de plus. Les consommateurs y gagneront beaucoup et notre balance commerciale s'allègera des économies ainsi réalisées en matières importées. Quand aux 20% de producteurs de "KIKASSVIT", libérés par ce progrès, ils devront se reconvertir dans la production de biens utiles et durables ou changer de métier. Ce qui est certain c'est que l'ensemble de la collectivité et chaque consommateur y gagneront", car le sublime IFO avait remarqué deux choses:

- dans un pays, l'enrichssement de beaucoup surcompense l'appauvrissement de peu;

- il y a deux façons de s'enrichir: gagner plus ou dépenser moins.

Moralité de cette histoire

Ce serait vous faire affront que d'en parler ici....

 

Dans le comté de Roseland (de J.F. Drouet, membre de l'A.I.S.E.)

Ceci se passait en des temps fort anciens :

Dans le comté de Roseland vivait une population industrieuse. La prospérité et la convivialité régnaient.

Nicolas, le cinquième fils d'un fermier, venait d'atteindre sa majorité. Il vint trouver son père et lui dit : " Père, la ferme n'a pas besoin d'une cinquième paire de bras pour continuer à prospérer. Or, on entend bien des habitants du comté regretter l'absence d'habits de fête. Aussi souhaiterais-je m'établir tisserand. "

" Bonne idée ", répondit son père. " Je peux te donner la petite grange pour y installer ton échoppe. Mais tu sais que je n'ai pas trop d'argent pour nos achats aux foires. Et il t'en faudra pas mal. Va donc voir, de ma part, le Grand Argentier du comté, le sieur Doré. "

Ce qui fut dit, fut fait. Nicolas fut tout étonné, lors de son entrevue, de voir le Grand Argentier si ouvert et les choses si faciles. " Il te faut 250 écus ? Les voici. Bon courage, Nicolas !... "

Nicolas se confondit en remerciements ; mais dans le couloir, il fut pris d'un doute : " Il ne m'a fixé, ni échéance de remboursement, ni taux d'intérêt ".

Il revint donc frapper à la porte pour demander les conditions de ce prêt.

" Nous ne te prêtons pas ces écus, nous te les donnons. L'équilibre de la circulation monétaire est actuellement atteint dans notre Comté. Il faudra donc un peu plus de pouvoir d'achat à nos sujets pour acheter tes beaux habits. L'argent que nous te donnons pour acheter tes laines, tes teintures, mais aussi pour que tu puisses créer une famille, va aller dans leurs poches par tes achats. Tu serviras la collectivité et l'équilibre subsistera. C'est simple ! Va ! Et que Dieu te bénisse ! "

Moralité de cette histoire

1) La masse monétaire doit rester liée aux évolutions du progrès technique, à la production, et à celles de la population d'une Nation. Si la population s'accroît ou si les activités augmentent, la masse monétaire en circulation doit s'accroître aussi, ce n'est pas de l'inflation.

2) La monnaie doit rester la propriété de la communauté. Elle est émise par son représentant mandaté. Elle ne coûte que le prix du papier et des salaires pour la fabriquer. Mais aujourd'hui l'État ayant abdiqué son pouvoir régalien de battre la monnaie, l'accroissement nécessaire de la masse monétaire est financé par l'emprunt (conséquence de la demande de crédit des agents économiques publics et privés) et coûte des intérêts exorbitants. L'argent est créé sous forme de dettes et il est devenu propriété des banques et non plus de la communauté. Le peuple a perdu sa souveraineté.

Changer de paradigme est probablement l'une des choses les plus difficiles pour un esprit humain.
Mais changer collectivement de paradigme demande, en plus, beaucoup de temps..

 

Pour preuve: Les médecins et les physiologistes qui ont refusé collectivement pendant plus de 100 ans la théorie d'Harvey sur la circulation sanguine présentaient-ils tous un déficit intellectuel majeur pendant toute cette période ?. … non, évidemment pas . Seulement, un changement de paradigme nécessite le plus souvent de surmonter des obstacles épistémologiques qui désignent "des représentations induites en particulier par les expériences premières que nous avons associé à un concept" (Bachelard). Cette notion d'obstacle permet de comprendre les raisons de l’exemple de la circulation sanguine. Face à un changement de paradigme, les partisans d’un ancien paradigme ne sont pas sensibles aux caractéristiques d’un nouveau ni aux démonstrations qui réfutent l'ancien. Les effets des dysfonctionnements économiques actuels, qui contribuent à plonger notre société dans le désarroi, ont autant une origine épistémologique qu’économique, car les applications du dogme des théories économiques actuelles sont toutes fondées sur la gestion des ressources rares. Le paradigme actuel nous propose quatre choix pour assurer notre "perdition" :
- soit par l’augmentation sans fin du chômage
- soit par l’augmentation de l’inflation
- soit par l’augmentation du déficit budgétaire
- soit par l’augmentation du déficit extérieur.

 

… la guerre étant la seule solution trouvée à ce jour pour permettre à l’économie de dépasser ces contradictions

Un paradigme habituel:

Vous pensez peut être que l'argent que vous prête votre banque est issu d'un dépot préalable ? Jean Yves Haberer, spécialiste des banques ( pdg du Crédit Lyonnais de septembre 1988 à novembre 1993, de triste mémoire), mais cependant inspecteur des finances, ancien secrétaire d'Etat au Budget ( 1986 - 1988 ), écrit dans Monnaie et politiques monétaire (Edition; cours de droit, pp 240 et 241) " ....Par conséquent, si l'observation des bilans de chaque banque permet bien de constater a posteriori qu'elles ont transformé certains dépots en certains crédits, cette correlation est contraire au mécanisme fondamental qui consiste pour les banques prises dans leur ensemble (le "système bancaire"), à créer les crédits qui viennent ensuite alimenter les masses monétaires et quasimonétaires qui forment les dépots"

 

... on ne peut être plus clair, mais si vous n'avez pas encore tout à fait "pigé" comment "pousse la monnaie", voyez la page http://tiki.societal.org/tiki-index.php?page=CreationMonetaire

 


La bonne adresse: http://tiki.societal.org
Retrouver les bulletins antérieurs: http://www.societal.org/bulletin/