Lutter contre la pauvreté
Pays du Nord – Pays du Sud
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Introduction

Victor Hugo écrivait déjà "Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée" (quatre vingt neuf)

La première question qui se pose donc, c'est : "pourquoi la pauvreté ? Et aussi  Pourquoi y a t’il  des pauvres dans les pays riches ? dans des pays SI riches ?

Dans nos sociétés, depuis le début de la période 1980, ce ne sont plus les capacités de production (en "biens réels") qui font défaut - en effet, car on trouve tout dans les magasins, en abondance, en surabondance même - mais les moyens de payement qui eux sont "symboliques".

Nous sommes passé d'une société de pénurie à une société d'abondance mais nous n'avons pas fait le pas conceptuel nécessaire.

Pourquoi donc y a t'il 6, 8 ou 10 millions de personnes vivant en France sous le seuil de pauvreté ? Certes, il y a encore 2 à 3 millions de personnes au chômage ou ne "bénéficiant" que d'emplois précaires et sous payés, et sans nul doute un pourcentage important des pauvres disparaîtrait instantanément, si ce chômage était éradiqué.

Une vérité lapalissienne nous fera donc dire qu'il y a des pauvres " parce qu'ils n'ont pas d'argent", et nous impose donc immédiatement de nous demander d'où vient l'argent et pourquoi les pauvres n'en ont pas, et si l’argent à un rôle a jouer dans la persistance du chômage.

Si les causes de la pauvreté sont fort nombreuses, notre thèse est que le système monétaire est à l'origine de l'augmentation des inégalités et de la pauvreté. Nous démontrerons que nous avons mélangé "richesses symboliques " (l'argent) et "richesses réelles" (les biens et services produits) et que cela concoure aussi à cette augmentation.

Un conte va peut être nous éclairer. Il s'agit du conte célèbre de Louis Even "l'île aux naufragés" ( si vous ne le connaissez pas, cliquez ici)

Nous verrons ensuite, d'une manière plus technique comment est "fabriqué" l'argent moderne, quelles sont les masses monétaires, quelle est l'incidence de l'intérêt sur les prix, et nous tenterons d'apporter des éléments de solution à ce problème.

1. L'île des naufragés.

Conclusion : La monnaie est donc "l'outil" qui fait fonctionner le système économique, celui qui permet d'assurer les échanges quotidiens.

De la manière dont le système est construit dépend, évidement, la manière dont notre économie fonctionne.

Notre ignorance de son fonctionnement lui permet tous les dérapages et, en particulier, participe à l’aggravation des conditions de vie des plus pauvres.

La monnaie reste très mystérieuse pour la plupart de ceux qui l'utilisent quotidiennement. A quoi correspond la monnaie ? Comment est-elle créée?

Autrement dit : comment pousse la monnaie ?…  Petit cours d’horticulture...

2 . Comment « poussait » la monnaie ?

a) à l’origine

à l’origine, bien sûr, il y avait le simple troc. Puis pour faciliter les échanges, une monnaie est apparue, sous forme de coquillage par exemple, ou d’anneau de terre cuite. Rapidement les seigneurs des lieux, empereurs, rois, ont mis en place une véritable monnaie : ils faisaient frapper des pièces, avec leur effigie, pour faire tourner l’économie locale. C’est-à-dire qu’il y avait une correspondance entre le besoin de cette monnaie et les activités. Une juste adéquation. Il faut tenir compte, évidemment, du stade social de l’époque, mais c’est un autre débat. Ces seigneurs, en général des rois, avaient seuls ce privilège, c’est ce que l’on a donc appelé le « droit régalien de battre monnaie ». Cela permettait en plus des échanges vivriers de lever des armées et de conquérir des territoires. Ce qui correspondant au besoin fondamentaux d’une population à survivre et à agrandir son territoire pour prospérer, ou se défendre.

Cela a fonctionné ainsi très longtemps et pratiquement en tous lieux. Puis cette monnaie a été en quelque sorte étalonné sur l'or, un bien considéré comme précieux par excellence. C’est à dire qu’on a établi une équivalence :

tant d’argent-monnaie = tant de poids de ce métal or.

b) Depuis peu de temps

Deux sortes de monnaie coexistent: l'une faite de billets et de pièces, dite "monnaie fiduciaire", et l'autre faite de chèques ou de virements qui circulent entre banques c’est la "monnaie scripturale".

En effet, les bandits des grands chemins rodaient et attaquaient les convois chargés de coffres, ou détroussaient les voyageurs. Aussi, pour limiter ce risque sont nés les billets à ordre, émis par les orfèvres, à l'origine des premières banques. Un riche voyageur déposait dans sa ville de l'or qu'il était risqué de transporter. Il recevait en échange une reconnaissance de dépôt qu’il échangeait à sa ville d’arrivée auprès d'un autre orfèvre. Petit à petit, les orfèvres, qui avaient pris l'habitude de placer les lingots d'or sur des "banks"[1] , ont proposé plus de reconnaissance de dépôts qu'ils n'avaient d'or, sachant bien que tous les voyageurs ne reviendraient pas le même jour.

Et, évidemment, ils demandaient une rémunération, qui est devenue "l'intérêt" pour la garde de l'or ainsi que pour l'émission des reconnaissances de dépôt. Puis, le système a été remplacé par les banquiers et leur droit d'émission de chèques, de manière plus courante...

c) Donc aujourd’hui...

Si nous observons d’ou vient l’argent, nous voyons le Trésor (la Nation) demander à la Banque de France d’émettre un certain montant de ce que l’on nomme « monnaie centrale » (monnaie permanente). Ce sont les billets et pièces. En 1995, il y en avait 255,9 milliards de francs sur un total de 1823 milliards de francs de monnaie circulante.

==> Retenons donc que la monnaie centrale est une dette portée dans la comptabilité de la Banque de France et que cette monnaie n’est plus gagée sur l’or.

Mais, d’autre part nous observons, par ailleurs une véritable création de monnaie, parallèle venant des banques.

3. Comment « pousse » la monnaie aujourd’hui : les mécanismes de la création monétaire bancaire

Il existe quatre cas de création monétaire de monnaie scripturale, relatif aux actifs patrimoniaux, aux devises, aux effets de commerce, aux crédits de trésorerie.

Nous n’examinerons que le premier car les trois autres sont analogues:

Remarque 1

Vous ouvrez un compte dans une banque et vous y amenez 1000 F sous forme de traite commerciale par exemple. Votre compte sera crédité de ce même montant et, bien évidemment, c’est bien une dette de la banque envers vous. Néanmoins la banque, pour ce service d’escompte, va se faire payer des agios, par vous. La monnaie scripturale créée à cette occasion est donc produite par la banque, par une augmentation de sa propre dette.

Remarque 2

Vous achetez une maison. Par le simple passage du temps, vous la paierez une fois et demi, voire trois fois plus, suivant les taux que vous aviez, et votre durée de remboursement. Trois fois le prix de départ ! Pour une valeur d’un million par exemple, alors que la banque ne va vous prêter QUE ce million, vous allez lui rendre un demi million, voire deux de plus...

==> Cette différence n’est qu’une pure création (douloureuse par vous puisque c’est vous qui la paierez) qui ne correspond à aucun bien réel.

Remarque 3

Si vous déposez votre salaire ou votre retraite dans une banque, il s'agit bien d'une dette de la banque envers vous. D'ailleurs, dans son bilan, c'est au passif. Mais cet argent est placé et « travaille ». Donc, au plus les banques, dans leur ensemble, doivent de l'argent, au plus elles ont le droit d'en créer et d'obtenir des intérêts! Et ce jusqu’à dix fois les dépôts.

==> Les banques disposent de ce droit inouï de créer de l'argent, à partir de leurs dettes!

Remarque 4

Supposons que banque Vossous fasse l’acquisition d’un immeuble à une société Bâtipartout. Elle inscrira cette opération dans l’Actif ( ce qu’elle possède) de son bilan à la rubrique "immobilisations".

En même temps, pour s’acquitter de sa dette envers la Société Bâtipartout, vendeuse de l’immeuble, elle va lui ouvrir un compte sur lequel elle portera le montant de la transaction (par exemple: 100).

Ce compte constituant une dette de la banque sera inscrit au Passif (ce qu’elle doit) du bilan. L’équilibre du bilan reste intact.

Quant à la société Bâtipartout, puisqu’elle a cédé un immeuble valant 100, ses immobilisations, inscrites à l’actif de son propre bilan vont diminuer de 100. Par contre la rubrique "Réalisable et disponible" (qui comprend l’avoir en banque), va augmenter de 100. Son bilan restera équilibré aussi. Voici les schémas comptables des opérations:

BANQUE Vossous

 

SOCIÉTÉ Bâtipartout

ACTIF

 

PASSIF

ACTIF

 

PASSIF

Immeuble:
+100

 

Cpte Sté Bâtipartout:
+ 100

Immeuble:
- 100

   
     

C.C. Banque Vossous:
+ 100

   
 

Solde = 0

   

Solde = 0

 

                                                                                 

Ainsi la société Bâtipartout disposera chez la Banque Vossous d’un compte courant sur lequel elle pourra régler ses dépenses.

Trois remarques s’imposent :

a) La première:  Il n’est pas nécessaire pour la banque de posséder le moindre billet de banque pour procéder à de tels jeux d’écritures.

Dans la réalité, les banques en ont besoin pour faire face au phénomène des "fuites", correspondant à la part que les titulaires de comptes en banque transforment en espèces. En outre, "l’encadrement du crédit" a pour effet de "geler" à la Banque de France une partie des dépôts de ses clients (environ 10%) tout en laissant multiplier l’autre partie par un coefficient.

Actuellement, ce coefficient multiplicateur dépasse six. Les fuites sont inférieures à 10 %.

b) La seconde:  Ainsi que le souligne A. Cheneau, les banques jouissent de l’exorbitant privilège de créer à partir de rien un titre de créance pour régler leurs obligations (aux fuites près), et comme le disait le Prix Nobel français d'économie, Maurice Allais « Dans son essence la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement elle aboutit aux même résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents ».

c) La troisième:  Cette opération de création monétaire consiste à enregistrer un actif patrimonial d’un côté et sa valeur de l’autre. Les spécialistes disent que "les banques créent de la monnaie en monétisant des actifs non monétaires". D’autres diraient qu’ils s’approprient des richesses réelles sans bourse délier.

Répétons-le : le système bancaire possède un insolent privilège : celui de faire payer des frais financiers provenant de son propre endettement !

note : Ce privilège de création monétaire se voit cependant imposer une limite par l’existence de l’encadrement du crédit; mais ces mécanismes n’ont pas leur place ici.

4. Quelques observations sur la monnaie

a) Propriétés de la monnaie et des devises: Depuis que la monnaie n’est plus gagée sur l’or, elle n’existe plus que sous forme de crédit. Chaque créance (C) est compensée par une dette (D) de même montant. Même les billets de banque sont restés inscrits au passif de la Banque de France ; c’est la Nation, c’est à dire vous et nous, qui les devons à la Banque de France. Il y a donc un argent et un anti-argent qui s'annulent. On peut écrire l’équation: Créances = Dettes  donc Créances - Dettes = 0         

et, au niveau national: Somme des Créances - Somme des Dettes = 0

Autrement dit: la monnaie nationale n’a pas d’existence collective

C’est si vrai que si le franc perdait toute sa valeur en quelques jours la collectivité française ne s’appauvrirait pas d’un seul centime ; les richesses ne continueraient pas moins d’exister ; elles seules existent réellement. Certaines changeraient de main, car les créances des uns et les dettes des autres s’annuleraient.

Comme l’explique aussi  d'une manière un peu différente Michel Lasserre:

Il est classique dans tout livre de "science économique" de parler des trois fonctions de la monnaie qui sont :

- intermédiaire des échanges : la monnaie est un instrument social qui permet des échanges plus faciles que le troc. C'est là la fonction la plus courante de la monnaie, la monnaie est distribuée par l'intermédiaire des revenus, chacun l'utilise pour l'échanger contre des biens ou des services.

- unité de compte ou de valeur : l'unité de mesure commune, l'indispensable étalon qui permet de fixer un prix, de déterminer une valeur. Les prix sont annoncés en quantité de monnaie, et la richesse est estimée pareillement. La monnaie est une concrétisation de la valeur, et les concepts de valeur et de monnaie sont indissociables.

- réserve de valeur : la monnaie rend possible l'utilisation différée dans le temps de la valeur d'échange qu'elle représente, on n'est pas obligé de la dépenser immédiatement. La qualité de cette fonction de réserve de valeur dépend, bien sûr, de la stabilité monétaire (inflation).

La "science économique" nous indique aussi que la monnaie est un pouvoir d'achat, un moyen de paiement, qu'elle est un moyen d'agir sur l'économie par l'intermédiaire des politiques monétaires ou fiscales.

Note : Ce qui a été dit de la monnaie nationale ne peut en aucun cas l’être des devises. Aucun étranger n’est assez fou pour faire confiance aux autres États (pour le sien, le citoyen est bien obligé ; la monnaie nationale y a "cours forcé" ; on ne peut la refuser).

Une monnaie n’est acceptée comme devise que si la Banque Centrale du pays est toujours prête à la reprendre contre d’autres devises ou de l’or à un taux voisin de celui de sa vente.

b) Revenons aux propriétés de l’argent national.

 Comme sur l’Ile des Naufragés, nous avons vu circuler cet argent et nous avons pu constater que:

1- L’ensemble des dépenses de chacun constitue le revenu économique de tous.

2 - L’argent agit comme un catalyseur chimique : il favorise les échanges mais reste intact à la fin. Il ne fait que circuler. En circulant, par le travail fournit, (comme la nature ne fait pas payer sa matière première) des richesse solides, matérielles, véritables sont construites. C’est en fait le travail qui est pourvoyeur de richesses. L’argent ne servant qu’à des échanges de travail.

3 - Cependant, il peut disparaître (quand il s’agit d’un crédit remboursé par l’emprunteur à sa banque).

4 - Il ne peut manquer que si on n’en crée pas proportionnellement à l’expansion de la production et / OU si on en fait disparaître sans en recréer autant aussitôt.

5 - L’argent abondant fait l’argent bon marché suivant la loi bien connue de l’offre et de la demande. Il permet donc des prix bas car les investissements alourdissent moins les prix de revient.

6 - Il n’existe aucune raison économique ou autre de faire « payer » la création monétaire sous forme d’un intérêt.

Mais ....

5. Tout ce qui suit nous montre combien le système monétaire est devenu malsain et pathologique.

a) Il y a mévente dans beaucoup de secteurs, signe évident qu’il y a manque de pouvoir d’achat donc d’argent. De nombreux besoins (école, transports, santé...) ne sont pas pourvu par manque, encore, d’argent.  Et c’est le moment choisi pour "resserrer le crédit" ... au lieu de mettre en circulation l’argent nécessaire !

b) Qui paye les intérêts ?

Vous et nous... Une étude a été faite en Allemagne par Margrit KENNEDY [2] pour montrer le fonctionnement insidieux de notre système monétaire. Il n’y a pas que ceux qui empruntent de l’argent qui payent des intérêts, car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous en payons tous, sans même nous en rendre compte.

En effet, dès que nous achetons un bien ou un service, nous payons toujours une part d’intérêts incluse dans le prix et cette part est fonction des investissements qui ont été nécessaires pour la production considérée.

Pour des services de main d’œuvre cette part est voisine de 10%, mais elle peut atteindre 80% des prix HT  si la production nécessite beaucoup de capital et peu de main d’œuvre. En moyenne, la moitié de nos prix représente le coût du capital, et l’autre moitié les salaires distribués.Dans ces conditions, si nous supprimions les intérêts la plupart d’entre nous pourraient être deux fois plus riches ou bien réduire de moitié leur temps de travail, tout en conservant le même niveau de vie.

L’étude a porté sur 25 millions de foyers allemands, répartis en 10 classes selon leurs revenus.

Pour chacune de ces classes il a été pris en compte les intérêts payés, inclus dans les achats de biens de consommation, et ceux perçus par les placements de l’épargne.

Les résultats figurent sur les courbes suivantes. La seconde courbe met en lumière que l’intérêt ne profite qu’à la tranche supérieure c’est à dire à 10% de la population la plus aisée, qu’il est neutre pour les 10% de la classe 9 et qu’il est prélevé sur les 8 premières tranches soit 80% de la population. Cette courbe justifie aussi l’appauvrissement des classes moyennes.

c) - La croissance exponentielle ne se trouve pas dans la nature.

Le système d’intérêt est un système exponentiel. Et effectivement cela n’existe pas dans la nature, sous peine de la mort d’un milieu.

Pour justifier cela, il est intéressant de rappeler l’histoire de la découverte du jeu d’échecs par un sujet d'un Empereur Perse. Celui-ci, par enthousiasme, voulut récompenser l’inventeur de ce jeu en lui offrant ce qu’il désirait. La demande du rusé inventeur parut bien modeste et fut donc acceptée. Il s’agissait de placer un grain de blé sur la première case de l’échiquier, deux grains sur la seconde, quatre sur la troisième puis de continuer ainsi à doubler sur chacune des autres cases. Notre malheureux Empereur, peu mathématicien, a été victime, sans pouvoir l’anticiper, d’une croissance exponentielle car la quantité de blé nécessaire à la dernière case représentait des centaines de fois la production de toute la planète.

Une seconde anecdote rappelle que le placement de quelques sous à l’époque du Christ, à 4 % d’intérêt, correspondrait aujourd’hui à plusieurs fois le poids en or de la planète.

d) Enfin les déficits budgétaires successifs de la France ont conduit à une dette publique qui aujourd’hui avoisine les 4 000 milliards de francs, ce qui coûte 236 milliards de francs environ d’intérêts par an (1999), soit plus de 646 millions par jour, ou 27 millions à l’heure ou enfin 450 000 F à la minute.

==> Par l’intermédiaire de l’intérêt, une somme colossale est transférée du monde économique au monde financier, et contribue à l’asphyxie du premier et à la congestion du second.

e) Les banques créent bien l’argent des prêts, mais elles ne créent pas l’argent des intérêts. Celui ci vient du travail de l’emprunteur sans aucune contrepartie en richesse réelles. Quand on emprunte de l’argent à une banque, par un simple jeu d’écriture dans ses comptes, elle crée cet argent ex-nihilo et la masse monétaire s’accroît d’autant. C’est l’inverse quand cet argent est remboursé, la banque le fait alors disparaître de ses comptes et la masse monétaire diminue.

Mais à cause de l’intérêt le mécanisme est plus subtil. En effet, si l’on emprunte à la banque 10000 F à 10% l’an, on lui remboursera 11000 F l’année suivante. Mais la banque n’ayant créé à l’origine que 10000 F, comment pourra t-on en rembourser 11000? D’où proviendront les 1000  de plus qui n’auront pas été créés par ceux capables de le faire?

Eh bien ils proviendront de deux sources possibles.

==> L’une est celle des faillites, personnelles ou d’entreprises, car dans ce cas on perd bien un patrimoine qui avait une valeur, au profit d’une tierce personne, mais toujours en final pour le paiement d’intérêts.

==>  L’autre est celle qui oblige à réemprunter pour rembourser les intérêts du premier prêt, ce qui fait partir dans la spirale sans fin du surendettement.

f) - Comment l’argent qui est passif peut-il "produire" de l’argent, c’est à dire s’auto générer?

C’est bien sûr une impossibilité physique qui met bien en lumière la perversité du mécanisme. Un billet de 100 F ne va pas générer une pièce de 10 F : elle ne fait pas de petits ! ! ! ! et la masse monétaire qui tourne pour dynamiser l’économie ne produit pas des billets pour payer des intérêts. Ce n’est que le travail qui crée des richesses et si l’on prête de l’argent à un ami qui veut réaliser un projet, il est bien normal que ce dernier partage ensuite les fruits qu’il en aura obtenus. Il pourra alors rembourser celui  qui lui a fait confiance et ajouter des "intérêts", c’est à dire une partie de ses gains.

==> Mais au niveau d’un pays ou de toute communauté autonome, l’intérêt n’a aucun sens puisqu’une collectivité doit émettre la monnaie nécessaire à ses échanges.

g) D’autre part : Les banques privées créent une monnaie temporaire sous forme de crédits (les prêts), laquelle gonfle la masse monétaire en circulation, mais disparaît lorsque ce crédit  est remboursé. C’est le cycle permanent de création et de remboursement qui fait que cette masse monétaire reste sensiblement constante. [3]

h) Outre ces fonctions sur lesquelles nous nous ne attarderons pas, la monnaie est un bien qui possède une qualité très particulière : grâce au prêt à intérêt ou à sa transformation en titres de propriétés (actions), c'est à dire en se transformant en capital, la monnaie a apparemment le pouvoir de se reproduire. Ce privilège est normalement réservé aux êtres vivants, mais pourtant, celui qui prête sa monnaie la voit augmenter d'elle-même grâce à l'intérêt qu'elle lui rapporte. Dans notre système économique capitaliste, basé sur le droit de propriété privée des actifs financiers et industriels, la monnaie joue donc une fonction d'enrichissement : elle permet à son propriétaire de percevoir un revenu par le seul fait de sa richesse. Comme l'intérêt n'a rien de miraculeux et provient forcément quelque part du travail d'autrui, la monnaie peut accorder à son propriétaire le pouvoir de capter une part de la richesse produite par ce travail d'autrui. La monnaie joue donc, par l'intermédiaire de l'intérêt et du profit, le rôle de captation et de transfert de richesse, la fonction de facteur d'enrichissement privé

La monnaie est pour son possesseur à la fois une finalité et en même temps le moyen de l'atteindre. On peut observer qu'à partir d'un certain seuil d'enrichissement, son propriétaire consomme moins que son capital ne lui rapporte, il le voit donc augmenter au fur et à mesure que ses nouveaux profits s'accumulent à celui-ci. Il peut théoriquement s'enrichir ainsi de manière illimitée. Cette fonction de la monnaie, qui est surtout le privilège des riches n'est pas une des moindres, ses conséquences vont plus loin que de simples conséquences économiques, car elle est la source d'inégalités sociales. Ainsi nous avons connaissance de personnes qui n’ont aucunement besoin de travailler, car elles sont tellement riches que leur argent travaillent pour elles. Et plus elles sont riches plus elles le deviennent... ce malgré des achats de robinets en or, de robes coûteuses, ou de yacht effilé...

i).On peut distinguer deux sortes de monnaie du point de vue de leur permanence:

la monnaie permanente  (pièces et billets)

et

la monnaie temporaire (issue des crédits)

Remarquons que, par le fait du crédit avec ses agios, la seconde rogne la première continuellement, ce qui n’est pas normal ! ! !

De plus, cette monnaie temporaire à des caractéristiques particulières, comme le fait remarquer Pierre Aunac [4]  :«  Contrairement à la monnaie permanente, la monnaie temporaire doit être remboursée, donc détruite, lorsque les crédits arrivent à échéance, ce qui exige des entreprises des marges supplémentaires importantes. C’est une monnaie « auto évanescente », et la masse monétaire peut se dégonfler spontanément, si elle n’est pas compensée par la demande de nouveaux crédits, ce qui peut provoquer une implosion de la demande. C’est ce qui est arrivé lors de la crise des années 30 et c’est ce qui nous menace aujourd’hui.

Ce risque diminue beaucoup avec une masse importante de monnaie permanente car cette monnaie thésaurisée peut facilement ressortir des tiroirs ou des comptes pour relancer la demande au moindre signe encourageant. »

Rappelons qu’un "déficit public" sert à financer le bénéfice des entreprises et l’épargne des ménages. Pour l’Etat il s’agit bien de remettre dans le circuit économique l’argent que le système capitaliste a attribué à des entités privées.

Il y a là un réel paradoxe. Les entreprises qui font du bénéfice et le thésaurisent ainsi que les particuliers qui épargnent, font de la rétention monétaire et asphyxient le système. Par contre, ceux qui perdent de l’argent et déposent leurs bilans ou bien dépensent plus qu’ils ne gagnent, dynamisent le système. Outre bien sûr les difficultés financières des plus pauvres, c’est là toute la pathologie du système...

6. Pourquoi la monnaie est-elle sous-estimée en économie?

Il y a bien sûr de multiples raisons.

La première, évidente, est qu’il y a de gros bénéficiaires à un tel système, et qu’il leur est donc important que le rôle de la monnaie ne puisse être mise à jour, sous peine de voir le système remis en question.

C’est pour cela, entre autre, qu’il a été créée une véritable science économique, au concepts difficiles, au langage obscur, afin de détourner l’attention de son rôle véritable, et d’empêcher le citoyen de comprendre comme les choses fonctionnent l’obligeant ainsi à participer et à subir un système qui l’appauvrit chaque jour un peu plus et permet la destructuration même de la société humaine sur l’ensemble de la planète.

Le rôle véritable du système monétaire, à l’heure actuelle est de faire gonfler les bénéfices de ceux qui capitalisent, pas de faire tourner une économie et encore moins de rendre le monde plus humain !

ainsi qu’il a été dit génialement  «  le discours économique a une fonction terroriste, il permet d’évincer le citoyen du débat ».

Parce que, aussi, la pensée économique libérale historique veut qu’une monnaie soit "neutre" et ne soit qu’un "voile" ne modifiant en rien les échanges de biens et de services.

Cela est vrai, mais il y a un présupposé qu’il n’était pas nécessaire de relever à l’époque.

==>La monnaie est bien neutre, mais à une seule condition, c’est qu’elle existe en quantité suffisante pour permettre de réaliser les échanges.

Or aujourd’hui ce n’est plus le cas, il y a bien anémie monétaire du circuit économique et nous avons vu qu’elle était la cause du chômage puis de l’exclusion.

Il en est de même pour le corps humain. Quand il est en parfaite santé, le sang est "neutre", on ne s’en soucie pas, il alimente harmonieusement tous les organes. Mais, si les globules rouges viennent à manquer, l’anémie s’installe, le corps entier devient malade et le sang ne peut plus être "neutre". Eh bien, il en est de même pour la monnaie !

7. Quelques conséquences sur les plus pauvres

L’argent est un mythe qui fait l’objet de beaucoup de passions : il est l’OUTIL de la domination de l’homme par l’homme, mais on le prend facilement pour la CAUSE de cette domination.

Il est rare de le voir "A L’ENDROIT" et c’est pourquoi on s’en sert "A L'ENVERS":

- Quand les prix montent, on augmente les taux d’intérêts qui grèvent les investissements en faisant monter les prix davantage.

- L’État dit "je n'ai pas d’argent pour créer de l’emploi", alors que l’emploi n’en consomme pas.

Nous en avons déjà vu quelques conséquences négatives...

"- Émise à l’occasion des crédits consentis par les banques, son émission a pour effet d’endetter ceux qui bénéficient de sa création et elle donne lieu au payement de frais financiers. Or, l’endettement augmente d’une manière exponentielle et on peut dire, si on compare une nation à une entreprise, qu’un pays où la totalité  de la monnaie en circulation serait faite de monnaie temporaire serait comme une entreprise qui n’a pas de capital propre : elle serait en cessation de payement.

La nécessité de payer aux banques à la fois le principal et les intérêts ferait de cette monnaie un système « boule de neige ». Seuls les dépôts de bilans, mais avec le chômage comme conséquence, joueraient un rôle de variable d’ajustement( Michel lasserre) »

==> La persistance de l’intérêt a donc des répercussion direct à la fois sur le chômage et à la fois sur l’endettement des ménages. Il ne faut donc pas s’étonner s’il y a tant de pauvres, même dans des nations aussi riche que celles du Nord...

- les gestionnaires de l’argent, si on peut les appeler ainsi, font donc la loi dans les entreprises. Toujours dans le but d'augmenter le rendement de l'argent qu'ils ont investi dans les achats d'actions, ils commençaient bien sûr par imposer la délocalisation de la production, avec pour conséquence directe, le licenciement des employés.

- de même, toujours dans la même logique financières (faire travailler l’argent), il s’agit pour l’entreprise, non plus de permettre à ses employés de vivre ( ce qui est son rôle et son but premier) mais de faire le maximum de bénéfices, d’où des conditions de travail de plus en plus difficiles, des droits syndicaux remis en cause, des licenciements, même quand l’entreprise est bénéficiaire, ce qui est le comble de l’absurde.

D’où un coût social et médical extrêmement élevé. Et de fait, la régression de tous les acquis sociaux, péniblement arrachés au fil des luttes, devint chaque jour plus visible, et plus dramatique. Quand encore nous ne parlons pas de la montée en puissance d’un véritable esclavage.

De même, toujours dans une logique absurde d’un système économique qui ne répond pas au besoin réel de sa population, on prolonge inutilement les durées des cotisations, obligeant les personnes âgées à travailler ( ceci est particulièrement amoral et visible aux états unis). On pousse aussi à la création de fonds de pensions, processus qui, pour raison de rendement obligatoire, conduiront les employés à se mettre eux-mêmes à la porte de leurs entreprise, si celle-ci ne reste pas assez « rentable ».

- le manque d’argent circulant  empêche aussi la créations d’entreprise, l’invention, et obligent à emprunter aux banques, à des taux prohibitifs, l’argent que l’état pourrait et devrait prêter naturellement.

Le pire est bien sur, directement, l’endettement sans fin des petits ménages...

8. Pour aider à l’élimination de la pauvreté

            a. dans les pays du Nord

Ainsi, éliminer la pauvreté (dans les pays du nord) passe par deux solutions possibles :

1 – soit, sans révolution aucune, que l'Etat, suivant les idées Keynésiennes, multiplie les commandes de création de richesse nationale et collective (routes, ferroutages, hôpitaux, écoles, etc) auprès des entreprises privées dans le but de forcer l’activité. Cette activité ne coûte que les importations, l’argent avec leque l’état paye les entreprises revient dans le circuit économique en le dynamisant.

2 – soit, par une décision citoyenne "révolutionnaire", sous forme législative, interdire aux banques et établissements financiers de créer ex-nihilo de la monnaie "productrice d'intérêt", l'Etat retrouvant son droit de créer la monnaie dont le pays a besoin, corrélativement à l’augmentation des richesses réelles produites.

Si l'état crée sa propre monnaie, qu'elle soit permanente ou temporaire, il pourrait injecter dans l'économie les liquidités nécessaires à la création des biens ou services qui font défaut. Le besoin de création de voies ferrées nouvelles, réservées au ferroutage, n'est-il pas une priorité ? Enterrer les câbles électriques qui défigurent les paysages n'est-il pas une priorité? Développer et investir dans la recherche et l'équipement des alternatives écologiques au pétrole n'est t'il pas une priorité? Et les hôpitaux, les écoles, les maisons de retraite, l'entretien du paysage ne sont-ils pas des priorités?

Le nombre de chômeurs prouve que la main d'œuvre nécessaire est disponible. Les keynésiens reconnaissent que l'injection de 100 Milliards de francs dans l'économie crée, en emplois directs et en emplois indirects, plus d'un million et demi d'emplois

            b. dans les pays du Sud

Des pauvres dans les pays pauvres ... cela parait plus évident, hélas.

Mais la question qui se pose est : pourquoi, sur une planète magnifique, aux ressources riches et multiples, avec une tel degré de connaissance et de technologie, y a-t-il encore des pays si pauvres ?

Là encore, bien sûr la réponse est multifactorielle, parfois lié aux simples conditions du milieu. Mais notre conviction est bien sûr que le système monétaire mondial y a une grande part à l’heure où les phénomènes de mondialisation s’infiltrent jusqu’aux terres les plus reculées. Ce qui se voit au sein des pays riches, trouve sa correspondance à l’échelle des nations... les nations du Sud sont les pauvres de la planète riche...

Nous venons de voir qu’il serait possible d’éliminer la pauvreté dans les pays riches (les "pays du Nord"). Quelles seraient maintenant celles à mettre en œuvre pour éliminer la pauvreté dans les PVD (les "pays du sud") ?

Il est bien évident, qu’une des solutions passe aussi par un système monétaire remis à plat et par la reprise en main de leur propre capacité de création de monnaie, tout comme dans les pays du Nord, et correspondant à leur richesse locale.

Cependant, pour faciliter la transition, trois actions de notre part auraient au moins le mérite d’annuler les effets pervers de nos propres actions bancaires.

Les deux premières solutions proposées sont connues. Ne les développons pas. La troisième l’est moins.

1.                  Suppression pure et simple de toutes les dettes des PVD (ce qui n'empêche pas de récupérer l'argent détourné par les dirigeants et "placé" dans les banques occidentales ou les paradis fiscaux). Les PVD ont déjà remboursé, en intérêts, plusieurs fois leur dette, qui n’est d’ailleurs souvent pas celle « du pays » mais de familles de dirigeants qui ont en plus détourné l’argent à leur profit (notion de « dette odieuse » de Noam Chomsky). L’ADTM [5] , a assez largement développé toutes ces argumentations pour que nous n’y revenions pas.

2.                   Utilisation des revenus d'une taxation des spéculations sur les monnaies(Taxe Tobin ou autre). Seuls quelques pourcents des transferts financiers qui atteignent près de 10000 Milliards de Francs par jour (1800 Milliards de dollars) sont liés au commerce international. Plus de 95% représente de la pure spéculation sur les devises. Ces points ont été particulièrement bien expliqués par l’association ATTAC. Taxés à seulement 0,1% ceci représente 10 MdF par jour soit environ 3600 Milliards de Francs par an… qui permettraient de supprimer la faim et d’autres maux en quelques années.

3.                   Une variante d’un Plan Marshall Européen pour les pays tiers.
Aujourd'hui, la dépression économique, la chute vertigineuse du niveau de vie qui touche presque toute la planète, font que la reconstruction des capacités productives des PVD est devenue une question de première urgence.Cinquante millions de pauvres en Europe, des centaines de millions en Afrique prouvent, faut-il le rappeler, que les besoins existent. Hors ce n’est pas une sous-capacité de production qui est la cause de la pauvreté, mais bien le manque de monnaie distribuable permettant le plein emploi et la satisfaction des besoins de base. N’oublions pas que ce sont les revenus qui créent l’activité commerciale, qui elle même crée l’emploi et donc de nouveaux revenus qui sont réinjectés dans le circuit économique dans un cycle permanent. On peut résumer ceci par :

==>Les dépenses des uns font les revenus des autres qui créent une demande et donc créent de l’emploi.

L’ultra libéralisme actuellement triomphant a laissé aux banques privées le droit de création monétaire dans une proportion majeure. Mais il s’agit de monnaie temporaire (monnaie de crédit), monnaie « vendue » avec intérêts par les banques. Le changement de paradigme nécessaire pour ramener la reprise totale par les États de ce droit régalien est sans doute trop difficile à faire admettre pour le moment. Mais il existe sans doute une solution intermédiaire qui pourrait être mise en œuvre au niveau européen, sans révolution majeure.

La suggestion est de prêter, sous certaines conditions, les fonds nécessaires au développement et à l’équipement. Le Plan Marshall reposait en grande partie sur la mobilisation du crédit à partir des revenus fiscaux des américains. Ceux-ci sont aujourd'hui, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, ridiculement insuffisants par rapport aux investissements nécessaires pour assurer une reprise globale, car les possibilités d’augmenter l'assiette fiscale est devenue beaucoup trop étroite.

Si l’on ne peut trouver l’argent nécessaire par l’impôt, comment faire ?

La réponse est dans la création d’une institution, qui émette du crédit, sans intérêt, en anticipation des revenus à venir engendrés par de grands projets mobilisateurs. Il s'agirait d'une Banque Européenne, appelons-là « Banque Européenne de Crédit », structure permanente capable de mobiliser les crédits nouveaux émis sur ordre du Trésor dans le but de maximaliser l'investissement productif

Cette Banque Européenne de Crédit  aurait deux rôles : l’un de financement général de l’économie de pays aidés (plan Marshall extérieur) , l’autre de financement des grands travaux et services publics européen (plan Marshall intérieur)

Voyons donc les deux aspects de ce rôle et d’une ébauche de fonctionnement de cette banque.

Financement général de l’économie de pays aidés (PVD en priorité).

Nous remarquons et rappelons d’abord :

- que les crédits consentis à l’étranger le sont généralement par création monétaire. Ils ne sauraient donc manquer au prêteur. Au contraire, les crédits accordés vont rapporter de l’argent.

- La monnaie est crée par un jeu d’écriture et elle ne coûte rien à produire: Dans le bilan de la banque prêteuse, nous avons à l’actif le crédit accordé à l’étranger, au passif le compte courant de la banque bénéficiaire. Celui-ci devient, dans le bilan de la banque bénéficiaire, à l’étranger : à son actif, un compte courant, à son passif une dette.

Donc, une proportion importante des nouveaux crédits émis sur ordre des Trésors de chaque pays européens (ou du Trésor Européen) sont déposés à la Banque Européenne de Crédit. Une première partie de ces crédits est mise en dépôt dans un fonds international de développement qui permettra de payer les fournisseurs européens, et une seconde partie est prêtée sans intérêt aux banques privées des pays aidés, sous forme d'escompte de lettres de changes et de prêts qui seront ensuite consentis, toujours sans intérêts, par les banques des pays aidés à l'industrie locale ou à d'autres usages productifs. Notez que les nouveaux crédits ne peuvent, compte tenu des vérifications effectuées, financer les dépenses courantes de l'administration.

Mais dans ce cas précis, le crédit en compte courant de la banque du pays bénéficiaire est en devises Européenne (Euros). Il sera donc converti en monnaie locale, monnaie distribuée aux entreprises du pays pour leur permettre de passer commande aux producteurs européens des biens qui seront importés. C’est en quelque sorte un crédit à l’exportation offert aux industriels et producteurs européens.

La contre-valeur en monnaie du pays aidé (due par les acheteurs des pays aidés aux entreprises et fournisseurs) est payée directement auprès de la BCE et placée dans un compte spécial, pour équilibrage du bilan. Convertie en Euro, elle devient stock de monnaie permanente, au bénéfice de l’Europe. Lorsque les fournisseurs européens livrent leur marchandise, ils sont payées en euros, directement par la Banque Européenne de Crédit. Une autre alternative consiste en ce que les fournisseurs soient payés en monnaie locale et changent cette monnaie contre les Euros auprès de la BCI.

Il serait indispensable de tenir particulièrement compte des conséquences écologiques, c’est à dire de favoriser les achats d’équipements non-polluants fabriqués en Europe, ainsi que les créations locales écologiques. Un tel programme devrait particulièrement mettre l'accent sur le financement :

- de la production industrielle d’équipements de production d’énergie locale non polluante (éoliennes, capteurs solaires, pompes solaires, etc)….,
- des infrastructures (électricité, téléphone, ferroviaire, voies navigables, etc,),

- de l’équipement de la population (habitat écologique, chauffages solaires, etc,).

- du développement de l’agriculture et de l’élevage ( animaux de ferme et de trait, irrigation, etc)

- de l’équipement à la production locale de biens et services de première utilité, « de niveau de vie »  (éducation, santé, eau potable, etc).

 

                        EUROPE                                                                              PAYS AIDES

 

Financement de la création de biens et services publics en Europe.

Une autre partie des nouveaux crédits émis sur ordre des Trésors de chaque pays d’Europe ou du Trésor Européen sont également déposés à la Banque Européenne de Crédit. Le parlement européen aurait pour rôle de faire les choix de distribution de ces crédits à la création, par les entreprises privées ou publiques, de biens et services d’intérêt général.

Il s’agit évidemment de prêts sans intérêt, mais aussi de règlements directs par la BEC, auprès des entreprises bénéficiaires, au fur et à mesure de la justification des tranches de la création de ces biens (de la mise en œuvre à la livraison).

Quels devraient être ces biens et services d’intérêts général ? Nous laisserons au lecteur le soin d’en faire une liste exhaustive, mais ils devraient prioritairement être axés vers :

- les équipements de production d’énergie locale non polluante (éoliennes, capteurs solaires , etc)….
- les infrastructures (enfouissement des lignes électriques, développement du ferroutage et des voies navigables, etc,)
- les moyens de transports écologiques (véhicules à moteur à air comprimé
[6] , ou électrique)
- les équipement écologique des ménages (habitat écologique, chauffages solaires, etc,)

- la traçabilité et le traitement des déchets

Compte tenu qu’il s’agit de monnaie circulant sans intérêt, les coûts de fabrication devraient très nettement tirer les prix de vente vers le bas.

En effet, l’étude qui a été faite en Allemagne (qui est évidemment valable pour toute les pays occidentaux), par Margrit KENNEDY [7] montre qu’il n’y a pas que ceux qui empruntent de l’argent qui payent des intérêts, car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous en payons tous, sans même nous en rendre compte. Dès que nous achetons un bien ou un service, nous payons toujours une part d’intérêts incluse dans le prix et cette part est fonction des investissements qui ont été nécessaires pour la production considérée. Pour des services de main d’œuvre cette part est voisine de 10%, mais elle peut atteindre 80% des prix hors taxes si la production nécessite beaucoup de capital et peu de main d’œuvre. En moyenne, la moitié de nos prix représente le coût du capital, et l’autre moitié les salaires distribués. C’est dire que de l’argent sans intérêt permettrait quasiment de doubler le niveau de vie de chacun.

Car, réfléchissons : si un gouvernement (« le trésor » ) peut émettre des « bons du Trésor » ou des obligations d’Etat, il peut émettre un billet. L'élément qui fait que l'obligation est bonne est le même qui fait que le billet est bon. Les deux sont des promesses de payer, mais l'un engraisse les usuriers, et l'autre aiderait le peuple. Si l'argent émis par le gouvernement n'était pas bon, alors, les obligations ne seraient pas bonnes non plus. C'est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s'endetter et se soumettre à payer des intérêts ruineux à des hommes qui contrôlent la valeur fictive de la monnaie.

Dans un système où la monnaie est créé par les banques, avec intérêt, chaque fois que nous voulons augmenter la richesse nationale d’un pays, nous sommes forcés d’accepter une augmentation de sa dette nationale.

© A-J Holbecq – mai 2001
ajh@wanadoo.fr



[1] "rayonnages" en anglais ancien.
[2] « Libérer l’argent de l’inflation et des taux d’intérêts »  ed : Vivez soleil – ISBN 2-88058-161-3
[3] Elle était, toujours en 1995, de 1566,1 milliards de francs et elle est constituée par les « Dépôts à Vue ». La somme de ces deux termes représente ce que l’on nomme l’agrégat monétaire M1, représentant la masse de la monnaie dans le pays (1823 milliards de francs en 1995).
Ne vous laissez pas abuser si vous entendez parler des agrégats M2 et M3. Ce sont des « ensembles vides ». Il n’y a de monnaie que dans M1 car la comptabilité de ces agrégats M2, M3 ne représente que des « transits » ; comme le disent les économistes, ce sont des « bulles monétaires » . Nous ajoutons que leur caractéristique est qu’elles sont vides.
[4] « Une économie au service de l’homme », éd. L’harmattan - 2001
[5] Association pour l’annulation de la dette du tiers monde, (Arnaud Zacharie et Eric Toussain)
[6] Par exemple, véhicules produits sous brevet de l’ingénieur Guy Nègre.
[7] « Libérer l’argent de l’inflation et des taux d’intérêts » (Ed Vivez Soleil – 1996)