L’INTERET, GENERATEUR PRINCIPAL DES CRISES

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Irving Fischer, le très grand économiste américain, mathématicien et père de l’Économétrie, avait suivi de près ,lors de la crise des années 30, les expériences européennes de “monnaie franche”. Il en disait que, “bien que ce ne soit pas réellement une monnaie, c’était le seul moyen d’éradiquer chômage et pauvreté”. (in Stamp Scrip­Ed’ Adelphi - NY- 1934)

Au moment où ces deux fléaux croissent à un rythme proportionnel à l’ardeur déployée par les gouvemements pour les combattre, une réflexion de bon sens s’impose: celle de l’homme de la rue qui s’étonne qu’il y ait tant de choses à faire pour améliorer la vie de tous, même en France, tant de gens munis pour agir d’une tête, deux bras, deux jambes et d’un grand besoin d’être utiles et qui ne sont indemnisés que s’ils restent inutiles ; tandis que l’économie en crise manque cruellement, pour "créer de l’emploi", d’un argent tiré du néant par les banques.

Autre question : est-ce bien la monnaie qui peut seule engendrer l’activité ? ou, plutôt, l’activité qui confère sa valeur à cette émanation du néant?

Deux scoops “surgelés” jettent sur ces problèmes une lumière aveuglante, au point qu’à la fin des années 80 des sénateurs américains, dont le sénateur Metcalf s’interrogeaient encore sur ce cas d’aveuglement généralisé dans le monde entier.

1- Premier constat (Scoop de 243 ans)

Lors d’une mission en Angleterre en 1750, Benjamin Franlkin décrivait ainsi à ses hôtes la situation économique de son pays, la “Nouvelle Angleterre”, colonie anglaise,: Contrairement à votre situation britannique, il n’y a pas en Nouvelle Angleterre un seul chômeur, mendiant ou vagabond. Cela grâce a l’émission sans intérêt dans nos 13 colonies “de monnaie de papier (" Colonial Scrip ") ; ce qui permet de contrôler le pouvoir d’achat (en circulation) et n’engendre pas de dette publique . (in la revue “Vers Demain Rougemont Québec -1994-)

Ce discours alerta les Anglais ; aussi, en 1751, le Parlement britannique vota-t-il une loi interdisant aux colonies de se servir de leur monnaie de papier.

Franklin rapporte qu’une année après la promulgation de cette loi, les rues des villes de son pays étaient envahies de chômeurs et de mendiants, tout comme en Angleterre.

Il voyait dans la pauvreté ainsi provoquée la “vraie” cause de la guerre d’indépendance.

La raréfaction et le renchérissement de la monnaie ont suffi à anémier soudain une économie prospère, comme une hémorragie affaiblit gravement le corps humain.

Cette situation dura jusqu’en 1862 à part quelques répits de courte durée dus à l’énergie de Présidents courageux mais vite contraints de céder aux pressions du lobby bancaire londonien.

2 - Deuxième constat (Scoop de 130 ans)

Fin 1862, le Président des Etats du Nord, Abraham Lincoln, avait besoin de 449 Millions de dollars pour continuer la lutte contre les Etats du Sud. Devant la proposition des banques de les lui prêter à 30 % d’intérêt, Lincoln recourut à 1’art I de la Constitution des USA. Il fit voter par le Congrès l’émission de $ 449 000 000 à dos vert (green-backs) ; non ponctionneurs d’intérêt..

Non seulement le Nord gagna la guerre de Sécession, mais l’Agriculture et l’industrie nordistes se mirent immédiatement à prospérer. 

Le retour à la gratuité et à la suffisance monétaire avait permis cette rapide résurrection

Aussi, en 1864, lors de sa campagne de réélection, Lincoln annonça-t-il son intention de continuer à émettre la monnaie USA, au lieu de l’acheter à Londres. Cela induisit une réponse du porte-parole des banquiers de la Cité de Londres, Sir Goschen. qui publia au début de 1865 un éditorial dont voici un extrait éblouissant de clarté:

"Si cette malveillante politique financière - de Lincoln - devait perdurer pour de bon, alors ce gouvernement fournira sa propre monnaie sans frais. Il sera sans aucune dette. Il aura tout l’argent nécessaire pour mener son commerce. Il deviendra prospère à un niveau sans précédent dans toute l’histoire de la civilisation. Ce gouvernement doit être détruit ou il détruira toute monarchie sur ce globe." (in Lincoln Money Martyred Omni Publication - Palmsdale USA)

Comment ne pas admirer l’aspect prophétique de l’écrit d’un homme si bien placé pour voir les choses de haut.

Car cette prophétie s’est vérifiée la vingtaine de fois où une monnaie sans intérêts fut expérimentée, comme on va le voir plus loin. Quant à Lincoln, il fut assassiné le 14 avril 1865 pour avoir refusé de céder.

Cette déclaration venant d’un personnage aussi important et aussi compétent en la matière ne fut pourtant pas entendue puisque le Congrès lui-même vota en 1913 le “Federal Reserve Act” qui transférait son pouvoir constitutionnel de créer la monnaie des USA (Art. 1) à une banque privée dénommée :“Federal Reserve Corporation”, titre ambigu qui tendait à la faire prendre pour une émanation de l’État Américain. 

3 - Troisième constat: la vérification par la "Monnaie Franche"

Silvio Gesell, un Belgo-Allemand, avait fait une rapide fortune en Argentine à la fm du XIXème siècle. Revenu au pays, il étudia à fond les problèmes des monnaies, assujetties ou non à perception d’intérêt par leurs émetteurs. Avant la guerre de 14, il conçut son maître livre: “L’Ordre Economique Naturel”(Ed’ Vromant-Bruxelles-1918). Il y posait les bases de la Monnaie Franche technique locale qui n’est pas vraiment une monnaie puisqu’on ne peut pas la thésauriser.

Keynes a écrit en 1936 que " le futur apprendrait plus de l'esprit de Gesell que de celui de Marx " (Cf. La théorie générale d'emploi, intérêt et Argent, Londres 1936 - réimprimée 1967 - p.355).

Cette monnaie, pour tourner plus vite et fertiliser au mieux le corps économique, perdait 1 % de son montant, à date mensuelle fixe ; perte qu’il fallait compenser par un timbre de 1 % collé sur le dos du billet pour qu’il puisse circuler.

Cette accélération (d’un facteur 4 à 8) était due, selon Fischer, à l’effet psychologique de la perte à éviter (par l’acheteur).  

Utilisée 20 fois (dont 3 en France) lors des grandes crises économiques, elle permit des métamorphoses incroyables:

- À Wôrol (Autriche : 1932-33), elle résorba en 11 mois un chômage au taux de 60 %.

- En 1956, à Lignières-en-Berri (France) elle ressuscita en un an une petite ville ruinée par la désertification des campagnes consécutive au plan Mansholt.

- Mêmes effets à Marans en 1957-58.

- Et à Porto Alegre (Brésil) en 58

- En 33-34, aux USA, bien qu’elle ait été utilisée très maladroitement (selon L.Fischer, qui avait étudié de près ses procédures en Europe), elle créa des redressements inespérés dans 14 villes. Le Congrès s’apprêtait à la légaliser quand le projet de “New Deal” de F.D.Roosevelt fit tout stopper.

On notera que dans plus de la moitié des cas, ces expériences, réussies, ont été stoppées illégalement par la force ou la manipulation des pouvoirs publics. C’était en somme, occulter la démonstration factuelle de la lumineuse vision de Sir Goschen, prouvée dans les faits, et payer de millions de morts d’êtres humains par an le refus de tirer de ces faits les leçons qui s’imposent encore à notre lucidité et à notre courage.

On peut s’interroger sur le silence là-dessus des ouvrages d’Économie.

Michel TAVERNIER – 1987 -

Délégué à la Recherche de l’AISE